Manhattan - Kaboul !
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Les personnes de ma génération ont cru les belles promesses de l’après 2e guerre mondiale : il y aurait des difficultés, des retours en arrière, des obstacles mais, globalement, le droit international s’élaborait pas à pas pour garantir de plus en plus de droits, une meilleure protection des libertés individuelles et collectives, et on avait l’impression que la démocratie et les droits humains progressaient.
Sans naïveté, parce qu’on sait bien qu’il ne suffit pas de déclarer qu’un droit existe pour le faire exister en réalité, on avait l’impression d’avancer dans le bon sens.
Aujourd’hui, les désastres, les tragédies, les renoncements, les hypocrisies nous submergent jusqu’à l’étouffement.
La plus grande « démocratie » du monde est minée par l’alliance des christofascistes et des suprémacistes blancs qui veulent faire advenir la fiction Handsmaid’s tale, La Servante écarlate en français, livre devenu série avec le Projet 2025 : contrôle de la fertilité des femmes, bien sûr, mais aussi retrait de leur droit de vote au bénéfice de leur mari ou de leur père, éducation orientée vers le service de la famille, droits différenciés entre hommes et femmes. Certains États américains du Nord ont déjà banni des livres des écoles et des universités, interdit les avortements mais aussi les déplacements vers les États où c’est encore légal, limité l’accès à la contraception, réprimé les droits individuels à l’affirmation de genre ou d’orientation sexuelle.
Les mêmes travaillent déjà en Europe à l’affaiblissement de la démocratie en la déconsidérant et en la ridiculisant et il faut bien reconnaître que la réponse des démocrates n’est pas à la hauteur du danger.
La plus grande trahison, à mes yeux, est l’hypocrisie de l’Occident qui annonce accorder le droit d’asile aux femmes afghanes alors que les pays européens accordent les visas au compte-goutte
Ces femmes n’ont plus le droit à l’éducation après l’âge de 12 ans, n’ont plus le droit d’être soignées par des hommes – quand les femmes médecins n’ont plus le droit d’exercer –, ne peuvent pas sortir de leur maison sans un accompagnateur (mais un adolescent mâle de 13 ans fait l’affaire), ne peuvent plus travailler, ne peuvent plus aller dans les jardins publics, n’ont pas le droit de chanter, ni de parler en public. Les talibans ont supprimé les refuges pour femmes victimes de violences, elles n’ont plus d’endroit où aller. Comble du cynisme, les talibans ont aussi annulé les jugements de divorce, les maris qu’elles avaient quittés peuvent exiger leur retour. Grâce à internet, on sait que quelques courageuses continuent de manifester, on reçoit des vidéos d’écoles clandestines, de danses en tenue traditionnelle colorée, une radio, Radio Begum, essaie de maintenir un lien avec l’extérieur et quelques associations réussissent encore à apporter des soins et des vivres dans ce pays victime de famines localisées en raison des conditions climatiques. Et ? Et c’est tout. Le gouvernement des talibans n'est pas reconnu par la communauté internationale mais les pressions sont si légères qu’aucune issue politique de cours terme ne semble envisageable.
Que certains, au XXIe siècle, envisagent encore les femmes comme du bétail reproductif est au-delà de l’imaginable mais que les grandes démocraties n’agissent pas plus est au-delà du supportable.
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