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Traverse

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blog de l'écologie politique meusienne

Comment s'y retrouver

Le Lucien —

Longtemps pour séduire son camp, le politique a eu recours au double langage. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » déclarait Charles Pasqua qui s’y connaissait en rouerie. 
Caricaturalement, la droite trichait sur le réel présent et la gauche sur le réel à venir. Cela restait toutefois « artisanal », les mots avaient encore un sens, le dialogue et l’écoute structuraient le débat, et du temps était accordé à la réflexion et à la raison. Les classes et groupes sociaux étaient construits et la lutte, même lorsqu’elle se voulait universelle, restait localisée. Les protagonistes étaient l’un en face de l’autre, de manière physique et incarnée. L’ouvrier savait qui était le patron à qui il résistait.
Aujourd’hui, on est passé à l’ère planétaire et industrielle. Beaucoup de valeurs et de références sont devenues floues, impalpables, diffuses, atomisées, multiples, anonymes, difficiles à appréhender, à analyser et à synthétiser pour le grand nombre mais aucunement pour ce petit nombre de milliardaires qui contrôlent les médias et les logiciels.
Avec eux, les mots perdent leur sens, une information objective et sincère sur les sujets essentiels, climat, biodiversité, redistribution, droit, passe aux oubliettes. Les mensonges aussi éhonté soient-ils, la manipulation intentionnelle deviennent « vérité » à force de répétitions et d’amplitude.
Avec eux, dialogue et écoute se diluent dans les réseaux sociaux et les plateaux de chaîne en continu, le débat ne peut plus exister, se transformant en foire d’empoigne où chacun assène ses bobards les plus farfelus, sans restriction, se sentant couvert par son patron (Bolloré, Musk, Niel, Arnault…).
Le tout est débité à une vitesse folle, sans justification, sans démenti possible (si ce n’est partiel). Beaucoup se retrouvent seuls face à leur écrans à prendre des inepties pour argent comptant ou à déverser des abominations, protégés par l’anonymat. Ils rejoignent la meute qui se forme par simple agrégat, sans réflexion et sans raison autre que de faire groupe. Et quand le groupe devient légion, il s’autorise à envahir le capitole, à tabasser l’étranger, à voter extrême droite…
Les classes sociales se disloquent au profit de ces communautés soudées par un dénominateur commun très restreint tel que la haine de l’autre (sans bien savoir ce qu’il est mais on m’a dit que et j’ai vu à la télé…). Les fonds de pension remplacent les patrons et restent anonymes. Qui connaît Black Rock ? Seuls subsistent le nom de quelques grands prédateurs : Musk, Pouyané, Bezos, Arnault, Mital, Zuckerberg…
Ces mêmes personnes commencent à se substituer et à remplacer les politiques. Ils prétendent qu’ils sont les seuls à comprendre donc à gérer le monde qui vient. En attendant, ils promeuvent et protègent  des politiques peu scrupuleux et très loin de l’éthique et de l’intérêt général (Trump, Macron, Netanyaou, Orban, Milei, Poutine, Bolsonaro…). Jamais autant de dirigeants n’auront eu affaire aux tribunaux en même temps ni aussi peu respecté la démocratie et le peuple sur lesquels ils déclarent s’appuyer.
Alors, on est foutus ? Condamnés à perdre notre humanité ?
Pour vaincre le noir qui remplit tout un espace, il suffit d’un seul rayon lumineux. Alors tant que des gens vont à la recherche de la vérité, vers une information saine et plurielle, bifurquent pour rejoindre l’essentiel, le réel et non le superflu et le partiel, se parlent à travers une estime partagée, rien ne sera perdu. Même si le chemin est long, ils sont déjà nombreux à le faire.
Un dernier souvenir pour conclure. Il y a 40 ans, ma femme, notre fille et moi avons voyagé durant un an en Afrique de l’Ouest. Lors de la traversée du Tademaït, surface désertique rocailleuse de 400 km sur 400, sans relief, notre regard fut accroché par de longs et gros boudins posés sur le sol. En nous approchant, nous avons réalisé qu’il s’agissait d’arbres fossiles de 30 à 40 mètres de long et de 1,5 à 2 mètres de diamètre, vestiges d’une forêt tropicale vieille de quelques millions d‘années. Notre fille de 5 ans a pris un grand plaisir à courir dessus sans savoir ce sur quoi elle allait. Une grande émotion et beaucoup d’humilité nous a saisi devant ce spectacle. 3 heures  plus tard, ayant repris la piste, notre regard fut, à nouveau, accroché par une sorte d’arche rocheuse affublée d’une étrange tache verte au milieu de cet environnement ocre et jaune. C'était vraiment une arche rocheuse de 3 mètres de haut percée en son milieu où poussait un palmier de 40 cm de haut
« L’opinion est respectable. La négation des faits ne l’est pas ; c’est mortifère. On ne peut pas vivre qu’avec la haine et la colère, on ne peut pas vivre qu’avec l’obscurité. L’humanité, c’est la lumière. »
Hervé Brusini - Off investigation
 

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