La Taxe Zucman
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Vous en avez entendu parler de la taxe Zucman. Elle consisterait à taxer à hauteur de 2% par an les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, cela ne concernerait que 1.800 foyers fiscaux, et permettrait de lever 20 milliards d'euros.
Une proposition qui fait et continue de faire polémique car cette hypothèse gagne de plus en plus en crédibilité politique et ses opposants, Medef en tête, critiquent une telle mesure.
Jusqu'à l'ultra-libéral Bernard Arnault (milliardaire français - LVMH) qui a attaqué l'économiste Gabriel Zucman, en le qualifiant de "pseudo universitaire" et de "militant d'extrême gauche".
A force de nous ressasser le vieux couplet usé que cette proposition aurait pour conséquence de "mettre à terre l'économie française", on finit par oublier le pourquoi de ce débat sur la nécessité de mieux taxer les plus fortunés s’est imposé.
Eh bien, n'en doutez pas, parce que les données montrent que les très riches ont vu leurs revenus et patrimoines croître bien plus vite que ceux du reste de la population.
Les revenus des très riches s'envolent. Depuis deux décennies, la France observe une envolée des revenus des 0,1 % les plus riches. Entre 2003 et 2022, leur revenu moyen a bondi de 119 %, alors que celui du reste de la population n’a progressé que de 46 %. Dans le même temps, leur taux d’imposition moyen a reculé, passant de 29,3 % à 25,7 %, accentuant encore le décalage.
Un patrimoine concentré chez les 1 % les plus riches. L’inégalité ne se limite pas aux revenus. La concentration du patrimoine atteint des sommets : les 1 % les plus fortunés détiennent désormais plus d’un quart de la richesse nationale, tandis que la moitié la moins riche des Français·es n’en possède plus que 5 %. Cette évolution traduit une fracture croissante au sein de la société.
Le patrimoine des ultra-riches croît à un rythme exceptionnel. Les 500 plus grandes fortunes illustrent cette dynamique. Entre 2000 et 2010, leur patrimoine a été multiplié par 1,3, puis par 5 depuis 2010. Pour figurer aujourd’hui dans ce classement, il faut posséder au minimum 245 millions d’euros, quand le patrimoine brut moyen des ménages tourne autour de 300 000 euros. Des familles comme Hermès, Arnault ou Wertheimer concentrent des fortunes colossales, sans équivalence pour le reste de la population.
Les biens professionnels sont concentrés entre les mains des très riches, ce n'est pas un problème en soi. En revanche, les données de l’Insee indiquent que les biens professionnels sont concentrés en France entre très peu de mains : les 1 % les plus riches en détiennent à eux seuls les deux tiers. Ainsi sortir les « biens professionnels » (les holdings financiers en fait) de l’assiette des ultra-riches reviendrait à vider la mesure de sa substance. Peu d’entre eux seraient touchés, car la taxe envisagée ne concerne que les 0,1 % les plus fortunés.
Ces évolutions traduisent un monde à deux vitesses : les très hauts revenus et patrimoines progressent à un rythme sans commune mesure avec celui de la majorité. Et qui plus est, ces très aisés contribuent de moins en moins aux biens publics qu’ils utilisent pourtant pour établir leur fortune alimentant un sentiment de sécession économique et sociale.
En résumé, la taxe Zucman ne représente pas qu’une recette budgétaire. Elle est aussi l’un des instruments qui permettrait de réduire les inégalités et à l’ensemble de la population française de faire société et en rien ne ferait partir les riches.
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