La taxe carbone n’est pas idéale
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La règle des avaries communes pour sauver le bateau commun
L’analogie entre la Terre et un bateau peut être discutée, mais elle doit nous alerter. Les instruments économiques les plus intuitifs comme une taxe ne sont adaptés ni à la nature du risque collectif ni aux exigences de justice sociale. Et c’est pour ces raisons que lorsqu’un navire est confronté au risque de tempête, le capitaine n’use pas de son autorité pour fixer une taxe et laisser, in fine, chaque marchand décider individuellement des marchandises qu’il va jeter. Le capitaine est habilité à jeter des marchandises par-dessus bord si le jet est de nature à sauver l’expédition.
En outre, dans le droit maritime, les marchandises qui sont jetées dans l’intérêt de tous sont considérées comme des « avaries communes » : elles doivent être prises en charge par tous les marchands, à proportion de la valeur de leurs marchandises effectivement sauvées par le jet du capitaine. Autrement dit, à l’arrivée, chacun constate la valeur de ce qu’il a pu récupérer, et il contribue, au prorata de cette valeur, au coût des avaries communes. Telle est la règle dite des « avaries communes », qui prévaut depuis 2 500 ans.
Cette règle est à la fois plus efficace et plus juste que la taxe. Plus efficace car le jet ne dépend ni des préférences des individus, ni de leurs richesses respectives. Il suffit que le capitaine sache estimer le poids qu’il est nécessaire de jeter pour sauver l’expédition. Il peut aussi, avec l’aide des marchands, s’efforcer de minimiser le coût du jet en jetant prioritairement les marchandises de valeur moindre ou celles qui déstabilisent le plus le bateau.
La règle est également plus équitable, car elle prend en compte l’effet du sauvetage sur la richesse des individus. En effet, la règle ne raisonne pas sur les responsabilités passées (les émissions de CO2), mais sur ce qui est sauvé par le jet : les richesses finales de chacun. Le sacrifice d’une marchandise est d’autant plus utile pour ceux dont la valeur des marchandises sauvées est la plus élevée. Il est donc juste que ce soit ces derniers qui prennent la part la plus importante du sacrifice.
Conclusion : sur le bateau terre la croissance n’est pas éternelle et si l’humanité veut se sauver chacun devra restreindre sa part solidarité respect de l’autre règle plurimillénaire.
Extrait d’un article publié dans alter-éco par : Blanche Segrestin Professeure à Mines Paris - Université PSL
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