Prosélytisme ?
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Vous en avez sans doute entendu parler ces dernier mois :
– les banquets du Canon français ont fait parler d’eux, lors du rendez-vous de Caen, où un journaliste de France Inter a raconté avoir été témoin d’insultes racistes et islamophobes, et de gestes s’apparentant à des saluts nazis ;
– le limogeage d’Olivier Nora de la direction des éditions Grasset par l’actionnaire Vincent Bolloré, pour avoir refusé de publier l’ouvrage d’un de ses proches, remettant en cause l’indépendance éditoriale ;
– l’annonce par Maxime Saada, le patron de Canal+, du boycott par la chaine des signataires d'une tribune anti-Bolloré qui a secoué le festival de Cannes ;
– le rapport à charge sur l’audiovisuel public du député d’extrême-droite Charles Alloncle (Union des droites pour la République) après plusieurs mois d’auditions émaillées de nombreux incidents.
Que se passe-t-il ?
Vincent Bolloré(1) au travers de son groupe a recentré ses médias sur des thèmes chers au RN comme immigration, identité, sécurité, « union des droites »...
Pierre Édouard Stérin(2), milliardaire, exilé fiscal en Belgique, porteur du projet Périclès(3), investit une part de sa fortune, dans le Canon français, dans une stratégie d’influence politique et idéologique, visant à faire évoluer durablement le débat public vers des idées nationalistes, identitaires et conservatrices.
Pour mener à bien cette lutte d’influence on peut aussi citer :
Bernard Arnaud(4) (LVMH), Raphaël Saadé(5) (CMA CGM), les frères Bouygues(6), la famille Dassault(7) (Groupe Dassault) et même François Pinault(8) (Kering & Groupe Artemis)… pour le moins tous enclins à préserver un ordre économique ou politique favorable à leurs intérêts.
L’intervention croissante de grandes fortunes dans le champ politique français traduit cette volonté de peser directement sur les idées, les médias et le formatage des esprits.
Mais jusqu’où l’argent privé peut-il orienter la vie politique d’un pays ? N’avons-nous pas atteint le seuil critique, tant seuls quelques acteurs richissimes peuvent structurer durablement ce qui devient visible, important, ou dicible dans l’espace public.
Le système médiatique aujourd’hui filtre l’information sans censure explicite ... Combien de temps accorde-t-on à l’insécurité, à l’immigration, au pouvoir d’achat par rapport aux mouvements de contestation où à l’écologie ?
Nos médias font de l’ « agenda setting » : les médias influencent les thèmes que eux jugent porteurs. Plus ils parlent d’un sujet, plus le public le juge important. Par exemple, une forte couverture médiatique sur le changement climatique pourrait en faire une priorité pour les citoyens, mais ce n’est pas le cas, on préfère traiter des citoyens fraudeurs par exemple.
Mais, au-delà, les médias ne nous disent plus seulement à quoi penser, mais aussi comment y penser.
Par exemple, ils ne se contentent pas de dire que l’immigration est un sujet important, ils influencent aussi la manière dont ce sujet est perçu, le plus souvent comme une menace plutôt que comme une opportunité.
Et les plateformes internet n’ont pas supprimé les concentrations, elles ont déplacé le pouvoir vers les algorithmes de Meta, Google, TikTok ou X.
Il serait temps de :
– Limiter les concentrations et plafonner la part de médias détenue par un même groupe ;
– Faire montre de transparence et rendre visibles actionnaires et conflits d’intérêts ;
– Protéger les rédactions avec chartes d’indépendance, droits des journalistes ;
– Procurer des financements publics pluralistes pour éviter que seuls les acteurs les plus riches survivent.
Le point de rupture n’est peut-être pas « quand quelques personnes possèdent beaucoup », mais « quand leur pouvoir devient si central qu’il n’existe plus de contre-pouvoirs crédibles ». Fixer des limites dépend d’une volonté politique.
1.France Catholique C8, Canal+, CNews, CStar, Femme actuelle, JDD, Télé-Loisirs, Voici, Gala, National Géographic, Capital, Management.
2.Smartbox.
3.Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes.
4.Les Échos, Le Parisien/LPEconomie/LPWE, Aujourd’hui.
5.La Provence, Brut, RMC, RMC Story, RMC Info, RMC Découverte, RMC Sport, RMC BFM Play, BFMTV, BFM Business, BFM Régions, BFM Radio.
6.LCI, TFI, TF1+, TMC, TFX.
7.Le Figaro, Le Figaro Magazine, La Lettre de l’Expansion, Le Particulier.
8.Le Point.
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